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Archéologue - Entrevue

Claude Chapdelaine, archéologue


Claude Chapdelaine est archéologue depuis bientôt trente ans. Spécialiste des très anciens peuplements amérindiens du Québec et de la culture Mochica du nord du Pérou, on lui doit la découverte du plus vieux site québécois connu : des amérindiens vivaient dans la région du lac Mégantic il y a 12 000 ans !

Il passe une bonne partie de ses étés à faire des fouilles sur ce site depuis quelques années. En plus de ses travaux de recherche, Claude Chapdelaine enseigne l’archéologie à l’Université de Montréal depuis près de 25 ans.

Comment définirais-tu l’archéologie en trois mots ?

Fouille, analyse et diffusion. On fait du travail en plein air sur les terrains de fouille, on passe du temps en laboratoire pour analyser nos trouvailles et on rédige des rapports pour diffuser nos résultats au plus grand nombre de personnes. Un bon archéologue fouille le mieux possible, analyse le plus possible et diffuse le plus possible.

Que préférez-vous dans votre métier ?

L’aventure ! Que ce soit la côte nord du Pérou ou une vallée dans le fin fond d’une forêt de l’Estrie, c’est toujours dépaysant pour le citadin que je suis. L’archéologie peut nous amener à voyager beaucoup, à visiter des coins reculés de la planète.

J’aime aussi beaucoup la découverte. À chaque fois qu’on trouve un objet, on voit l’artisan qui l’a conçu, la famille qui l’a échangé, le clan qui l’utilisait… J’aime raconter les histoires de ces sociétés aujourd’hui disparues qui sont trop anciennes pour être racontées par les historiens.

Et qu’aimez-vous le moins ?

Les conditions de travail sont parfois difficiles : trop humide, trop chaud, trop de moustiques, les maladies exotiques…

La bureaucratie est aussi très lourde dans ce métier, même si c’est un mal nécessaire. Il faut produire de nombreux rapports rigoureux pour transmettre les connaissances acquises. C’est la qualité de ces rapports qui nous permet de décrocher des permis pour d’autres fouilles !

Les demandes de permis requièrent elles-mêmes aussi beaucoup de paperasse. Il y a aussi le manque de fonds chronique au Québec : on est obligés de fouiller un peu moins qu’on le voudrait, d’analyser avec moins de moyens qu’on le pourrait… C’est frustrant !

Quelles sont les qualités requises pour être un bon archéologue ?

L’archéologie demande de la curiosité, de la passion… et un minimum de courage, car certains projets mettent beaucoup de temps avant de se concrétiser. Il faut aussi aimer l’histoire et ne pas avoir peur des tâches répétitives.

Les gens qui manquent de confiance en eux, qui cherchent la vérité absolue et n’aiment pas les reconstitutions reposant sur des hypothèses devraient éviter l’archéologie.

Faire de l’archéologie, c’est comme faire un casse-tête dont il manque toujours des morceaux. Il faut deviner ceux qui manquent en n’étant jamais sûr de rien.

Vous est-il arrivé des choses cocasses dans votre carrière ?

En l’an 2000, à Ottawa, je présentais en conférence un bilan des 25 dernières années de la recherche archéologique de l’est du Canada. J’ai conclu en disant que les archéologues devaient cesser d’espérer trouver des traces de la culture paléoindienne ancienne au Québec. Selon moi, ces groupes humains n’étaient probablement pas montés plus au nord que la Nouvelle-Écosse.

Trois ans plus tard, j’ai eu l’air bien fou lorsque j’ai trouvé la première pointe de flèche appartenant à cette culture dans les Appalaches québécoises ! Mais un fou très heureux de sa découverte : les plus vieux vestiges de la province !


 

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